National Sections of the L5I:

La classe universelle

Printer-friendly versionPDF version

Aussi puissants soient-ils, il y a une force qui peut vaincre les maîtres du monde. Contre les milliardaires, il y les milliards de travailleurs salariés qui produisent et font circuler leurs profits. Dans une résistance quotidienne, le pouvoir de la classe ouvrière se révèle à travers la planète par les grèves et les soulèvements. Sans notre travail, pas un centime ne s’ajoute aux comptes bancaires des milliardaires : si nous agissons ensemble toute la machinerie de l’exploitation s’arrête.

La classe ouvrière produit tout et elle peut le produire sans les exploiteurs, si nous sommes unis et conscients de ce que nous voulons.

Les capitalistes essaient de nous arrêter. Ils essaient de nous diviser et d’endormir notre conscience. Pour cela ils nous bourrent le crâne de préjugés raciaux et religieux. Leur arme la plus puissante est de pousser les travailleurs d’une nation contre ceux d’une autre, de pousser les hommes contre les femmes, de pousser les blancs contre les noirs. C’est pour cela que le mot d’ordre de Karl Marx dans le Manifeste Communiste a été celui de générations de travailleurs : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! »

La classe dominante essaie de convaincre la classe ouvrière qu’elle n’existe pas comme classe ou qu’elle est dans un déclin terminal. Ces deux affirmations sont fausses.

La classe ouvrière industrielle est globalement en augmentation, surtout dans les pays en voie de développement comme l’Inde, le Brésil, la Corée, le Nigéria et la Chine. Les travailleurs dans les industries de base du capitalisme, les transports, la production de machines, l’énergie et l’automobile, ont un pouvoir énorme qui peut être coordonné dans une lutte internationale.

Des charlatans académiques affirment que la « classe moyenne » est en train de remplacer le prolétariat. A l’extérieur des Etats-Unis et de l’Europe, on peut démontrer que cela est faux, un nombre énorme de paysans et artisans a été absorbé dans la nouvelle classe ouvrière. Des industries comme le textile délocalisent à travers la planète, transformant des travailleurs agricoles en travailleurs industriels dans l’espace de quelques mois.

Mais cela est faux aussi dans les pays avancés. Bien qu’il y ait eu un déclin relatif des travailleurs industriels par rapport à tous les salariés aux Etats-Unis et en Europe, la grande majorité des nouveaux « cols blancs » et des travailleurs des « services » reste des esclaves salariés. Avec la disparition de vieilles industries, des nouvelles surgissent. La classe ouvrière n’est pas en train de disparaître, elle change avec la base technologique du capitalisme même.

Pour « démontrer » que la classe ouvrière est en déclin ou en train de disparaître, les théoriciens bourgeois produisent une variété étonnante de définitions de classe. Est-ce qu’on gagne 2 ou 50 dollars par jour ? Est-ce qu’on porte une chemise ou un tablier ? Est-ce qu’on travaille sur un clavier ou sur une fraiseuse ? Est-ce qu’on fait un travail manuel ou intellectuel ? Est-ce qu’on aspire ou pas à posséder une maison ou une voiture ? Chacune de ces questions a été évoquée comme le point clé pour « démontrer » le déclin de la classe ouvrière. Chacune d’elles est fondée sur une description sociologique superficielle plutôt que sur les rapports sociaux fondamentaux.

La classe ouvrière est cette partie de l’humanité qui vit en vendant sa force de travail. Le prolétaire n’est pas la propriété du capitaliste mais le prolétaire ne possède aucun moyen de production excepté sa force de travail. Bien que nous soyons légalement libres par rapport aux esclaves et aux serfs des temps anciens, nous ne sommes pas libres parce que nous sommes obligés de vendre notre temps de travail au capitaliste en échange d’un salaire. Autrement nous mourons de faim.

Sous cet aspect fondamental, la classe ouvrière existe, est plus importante que jamais dans l’histoire humaine, mais reste toujours une classe d’esclaves du salaire.

Les capitalistes affirment que les travailleurs ne sont pas exploités, à part peut-être par quelques employeurs sans scrupules qui vont trop loin. La plupart d’entre nous, disent-ils, sont payés avec un salaire correct pour une journée de travail correcte. Nous n’avons pas été forcés à travailler pour eux, nous le faisons parce que nous l’avons choisi. C’est un accord équitable, ils nous donnent du travail et en retour nous sommes rémunérés.

Mais derrière la façade de ce contrat libre et égal se trouve l’exploitation systématique. Nos salaires reflètent seulement une fraction du produit social total que nous avons créé. Les salaires sont fixés à un niveau qui correspond en gros aux prix des biens et services que nous devons acheter pour rester en vie et retourner au travail le lendemain, le coût de la reproduction de notre force de travail. Toutefois chaque travailleur crée plus de valeur que cela dans une journée de travail, le capitaliste s’emparant du surplus. Cela prend la forme de la propriété par les capitalistes de l’ensemble des produits. Les capitalistes se partagent les profits et les font circuler entre eux par le commerce, le crédit et la rente.

Notre servitude se situe dans l’esclavage salarial même. Cela signifie que nous ne pouvons pas nous libérer sans libérer l’ensemble de l’humanité de la tyrannie du marché, du capital et de la division de classe. En ce sens, nous sommes une classe universelle : notre lutte continuera jusqu’à ce que la richesse sociale devienne propriété collective et que les classes soient reléguées au musée.

Le communisme, donc, n’est pas un schéma utopique pour la réorganisation de la société selon des principes inventés par tel ou tel rêveur. C’est le résultat nécessaire de la lutte des travailleurs dans tous les pays. La lutte des travailleurs a objectivement des buts communistes et ne peut cesser que lorsque l’émancipation de toute l’humanité a été assurée.

Les capitalistes sont engagés dans une lutte idéologique permanente pour faire en sorte que les travailleurs oublient que nous sommes une classe et s’abstiennent d’agir en tant que classe. Mais leur propre système reproduit et renforce de façon permanente les conditions qui nous obligent à nous reconnaître comme une classe, à nous organiser comme une classe et à lutter comme une classe. Les capitalistes ont besoin de la classe ouvrière parce que sans elle ils ne peuvent pas exister. Les travailleurs n’ont pas besoin des capitalistes parce que sans eux nous partagerons tous le travail et il n’existerait pas de classes. C’est la tragédie historique spécifique aux capitalistes. Nous ne verserons pas une larme pour eux.

La conscience de classe apparaît et réapparaît chaque fois qu’il y a lutte et organisation, dans les syndicats, dans les partis, dans les comités populaires et dans les coopératives. Ces organisations naissent et déclinent, sont détruites et naissent à nouveau. Elles sont transformées par les cycles économiques du capitalisme, et par les victoires et défaites de la classe ouvrière.

En soi, la lutte des travailleurs contre leurs employeurs pour des salaires plus élevés ou des meilleures conditions de travail ne met pas nécessairement en cause l’essence du capital, son exploitation du travail salarié et son appropriation de la sur-value. La lutte des syndicats a pour but d’obtenir un meilleur prix pour le temps de travail des travailleurs au sein du système d’exploitation. Mais seuls des idiots ou des cyniques peuvent croire que cela rend cette lutte dépourvue de sens ou d’importance pour la lutte contre le capitalisme.

La sens plus important de chaque lutte de la classe ouvrière est qu’elle rassemble les travailleurs, met le projecteur sur nos intérêts communs et notre capacité à agir, nous met en contact plus étroit avec des militants d’autres branches de l’industrie et de la société en général et fournit la base pratique pour comparer les résultats de notre activité. Elle nous met en contact avec les traditions et expériences de tout le mouvement ouvrier, passé et présent, chez nous et à l’étranger, et, ce qui est crucial, elle met en contact les travailleurs les plus militants avec la théorie communiste du marxisme, qui est indissolublement liée à l’histoire du mouvement ouvrier et qui exprime de la façon la plus claire son sens et ses objectifs.

Plus la lutte de classe est aiguë et plus un haut niveau d’organisation a été atteint, plus facilement les travailleurs assimileront ces idées, qui mettent à nu les bases réelles de la société capitaliste et tracent la voie vers la révolution sociale. Alors que la lutte économique des travailleurs contre leurs employeurs ne remet pas en cause spontanément les racines de l’exploitation, elle renforce l’organisation et la confiance des travailleurs, rendant plus proche le jour où les communistes dans la classe ouvrière pourront unir le mouvement ouvrier dans une lutte politique révolutionnaire contre le capital.

L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Mais cette auto-émancipation ne peut être qu’une action consciente, guidée par une théorie avancée, organisée à travers un parti de classe discipliné et professionnel, dirigée par les militants les plus engagés élus dans les rangs du mouvement ouvrier même.