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La social-démocratie

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Pendant quatre-vingt-dix ans, la social-démocratie a trahi la classe ouvrière, néanmoins elle est toujours en vie. La tâche de la nouvelle génération de travailleurs et d’anticapitalistes est de lui livrer un coup fatal.

Pour cela, nous devons d’abord comprendre ce qu’est la social-démocratie.

Le mouvement ouvrier est constitué non seulement de syndicats mais aussi de partis. Ceux-ci incluent les partis sociaux-démocrates, socialistes et travaillistes d’Europe et d’Océanie. Plus récemment, nous avons vu la montée du Parti des Travailleurs (PT) au Brésil.

Fondés et soutenus par les organisations de la classe ouvrière, ces partis restent voués au capitalisme dans leur politique et leurs actions. Il s’agit de partis ouvriers bourgeois.

Comment cela est-il possible ? La réponse se trouve dans leur histoire, leur structure et leur rôle.

Avec le début de la Première Guerre Mondiale, les dirigeants des plus importants partis de la Deuxième Internationale, aussi bien les « marxistes » que les travaillistes, déclarèrent leur loyauté envers « leur » patrie impérialiste.

Ils abandonnèrent la lutte pour une société sans classe fondée sur la production sociale des moyens de production. A la place, ils se limitèrent à réformer le capitalisme. Depuis, ils ont toujours été fermes dans leur loyauté aux exploiteurs, spécialement en temps de guerre ou de crise.

Des partis basés autrefois sur la lutte de classe militante se sont entièrement focalisés sur le parlement et sur une victoire électorale devenue le « seul » moyen d’améliorer les salaires et les conditions de vie des travailleurs. Leur message était simple : « Limitons le programme électoral à celui qui obtiendra le maximum de voix. Laissons le socialisme et l’internationalisme pour les discours du Premier Mai. »

En même temps, ils ont gardé leurs racines dans les organisations ouvrières, avec le but de les incorporer dans le capitalisme. Ils ont gardé des liens étroits avec les syndicats par l’affiliation directe, en organisant une fraction politique dans les syndicats ou simplement en s’assurant une présence massive parmi leurs dirigeants et militants. Pour garder ces « liens organiques », ils ont dû promettre de « défendre » les syndicats, les salaires, les réformes sociales et les droits démocratiques, toujours bien sûr par des moyens légaux et pacifiques.

Ils affirmèrent représenter l’indépendance du mouvement ouvrier aux élections parlementaires et municipales par rapport aux partis ouvertement capitalistes. Les réformes sociales obtenues après la Deuxième Guerre Mondiale ont renforcé les illusions de millions de travailleurs que ces partis pouvaient réformer le capitalisme voire même le remplacer par une nouvelle société.

Aujourd’hui encore, lors des élections, ils dominent les mouvements ouvriers de chaque pays.

Mais dans les dernières décennies, même les députés et les bureaucrates syndicaux ont été mis sur la touche. Les adhérents de ces partis ont chuté de façon dramatique et leur vie interne s’est étiolée. La base d’activistes a été décimée ; les ailes gauches ont été réduites au silence, expulsées ou ont abandonné le parti en masse. Dans certains cas, des partis réformistes plus petits ont été formés par la gauche déçue.

Avec la marche triomphale du néo-libéralisme dans les années 1990, les journalistes et académiciens ont prédit que la social-démocratie était démodée, ne pourrait plus aller au pouvoir et allait disparaître. Ils se sont trompés.

Le renouveau de la lutte de classe et la montée de larges mouvements sociaux dans l’Europe des années 1990 a conduit à des victoires électorales pour les partis sociaux-démocrates et travaillistes. Mais si les travailleurs espéraient voir des réformes sociales majeures, comme celles des années de l’après-guerre, ils furent déçus.

La social-démocratie accepte les diktats du néo-libéralisme et de la mondialisation. La « troisième voie » de Blair et le « nouveau centre » de Schroeder ont favorisé les forces du marché aux dépens de vieux programme keynésien de la social-démocratie. Ils affirment qu’il n’y a pas d’alternative à la privatisation des industries, des infrastructures et des télécommunications. Les taxes sur les entreprises doivent être réduites, les dépenses publiques doivent être coupées et les droits de travailleurs affaiblis ou annulés. En préparation pour la privatisation, ils impliquent la Sécurité sociale dans un partenariat avec le secteur privé. Dans certains pays, les campagnes et l’action militante ont pu ralentir ce processus, rendant la confrontation entre social-démocratie et classe ouvrière inévitable.

En préparation de cela, et sous couvert de la « guerre contre le terrorisme », les gouvernements sociaux-démocrates ont lancé des attaques brutales contre les libertés civiques. En même temps, alarmés par la montée de partis racistes de droite, les sociaux-démocrates ont essayé d’utiliser les mêmes arguments, avec des attaques scandaleuses contre les droits des immigrés et des réfugiés.

Dans les périodes de radicalisation, se développe souvent au sein de ces partis une aile gauche dont la spécialité est de « diriger » la lutte afin de la trahir ensuite. Alors qu’au gouvernement ces partis se trahissent et déçoivent leurs soutiens dans la classe ouvrière, une fois à l’opposition, ils renouvellent ces illusions.

Les révolutionnaires sont aujourd’hui une petite minorité dans la plupart des pays. Notre tâche principale est de mettre fin aux illusions de la classe ouvrière dans la direction réformiste. Mais la seule propagande n’est pas suffisante. Nous devons travailler patiemment côte à côte avec les travailleurs réformistes, exigeant que les dirigeants sociaux-démocrates et travaillistes défendent les intérêts des travailleurs. Nous démontrerons ainsi dans la pratique les trahisons de ces dirigeants. C’est seulement de cette façon que les révolutionnaires peuvent convaincre de larges secteurs du mouvement ouvrier d’organiser un nouveau parti politique qui soit vraiment le sien, et d’arracher la direction du mouvement des mains de la social-démocratie et du travaillisme.

Ce n’est qu’à à ce moment-là que la description que faisait Rosa Luxemburg de la social-démocratie sera vraie aussi pour ce qui est de son organisation : un cadavre pourri.