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Le Stalinisme

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Au fur et à mesure que les sociaux-démocrates s’associent de plus en plus ouvertement avec le capitalisme, quid des « communistes » ? Est-ce que la montée de la résistance leur insufflera une nouvelle vie ?

Ces partis se sont répandus come une traînée de poudre partout dans le monde à la suite de l’événement le plus frappant du vingtième siècle, la Révolution Russe. Mais, au lieu d’appliquer les leçons de 1917 et de propager la révolution sociale à travers la planète, les partis communistes ont appliqué les théories développées par les dirigeants soviétiques après 1923, dans les longues années de la dégénération et du déclin de l’URSS.

La caractéristique des partis communistes était leur soutien à la politique de la bureaucratie soviétique quand elle a établi sa dictature sur l’Union Soviétique. La fraction de Staline a inversé le programme bolchévique de démocratie ouvrière, de planification démocratique et de diffusion de la révolution socialiste à travers le monde.

La nouvelle ligne de « Socialisme dans un Seul Pays » a été imposée aux partis communistes, en Union Soviétique et ailleurs, par une série de purges et d’assassinats.

Au sein de l’Union Soviétique, la tentative utopique de construire le « Socialisme dans un Seul Pays » a justifié l’utilisation de la terreur pour industrialiser et collectiviser l’agriculture. A l’extérieur, elle a subordonné la politique intérieure des partis nationaux à la politique étrangère de la bureaucratie Grande Russe et à ses rapports avec les puissances impérialistes, même quand cela menait à la défaite des partis communistes eux-mêmes : comme en Chine, en Allemagne et en Espagne.

On conseillait aux mouvements de libération dans les pays coloniaux et arriérés d’avancer seulement jusqu’au « stade » du capitalisme démocratique, désorganisant et désarmant les forces de la classe ouvrière et laissant le pouvoir dans les mains des agents locaux de l’impérialisme.

A l’Ouest, les partis communistes ont évolué en clones des sociaux-démocrates, avançant l’utopie de la réforme et non la nécessité de la révolution, et proposant des alliances « larges » avec les secteurs « patriotiques » de la classe capitaliste nationale. Le seul trait qui distinguait les partis communistes était leur soutien à l’Union Soviétique.

Quand les partis communistes ont pris le pouvoir dans l’Europe de l’Est après la Deuxième Guerre Mondiale et en Chine en 1949 après une longue guerre paysanne, ils ont imposé à leurs nations une réplique de l’URSS de Staline. Les capitalistes avaient été expropriés mais les staliniens gardaient les institutions de l’Etat bourgeois, l’armée permanente, la bureaucratie et la police.

Le programme de la démocratie ouvrière, une économie planifiée sous le contrôle de conseils ouvriers élus, défendue par le peuple en armes, fut abandonné en faveur de la planification bureaucratique par une dictature brutale qui a écrasé toute opposition ouvrière. Même quand leur prise du pouvoir a été soutenue par la classe ouvrière et les masses paysannes, comme à Cuba et au Vietnam, les staliniens on récompensé leurs soutiens prolétaires en les excluant de tout contrôle de la vie sociale, politique et économique.

L’internationalisme a été remplacé par un chauvinisme nauséabond parce que les castes bureaucratiques rivales poursuivaient leurs propres intérêts fratricides. En URSS, les minorités nationales ont été persécutées et déportées ; au Cambodge et dans les Balkans, elles ont été victimes de génocide.

Ce n’étaient pas des politiques socialistes. Il ne s’agissait pas de pays socialistes. Sous le poids mort de la caste bureaucratique, les partis communistes ont conduit ces Etats ouvriers dégénérés toujours plus loin par rapport aux objectifs et méthodes socialistes de la Révolution Russe et pas à pas ils les ont menés en arrière vers le capitalisme.

Sous la pression du siège impérialiste, de la course aux armements et de la stagnation de la planification bureaucratique, la bureaucratie ne pouvait plus continuer. Alors que la planification centralisée, avec l’abnégation de la classe ouvrière, a été capable de produire au début des avancées économiques formidables, le taux de croissance n’a pu être maintenu sans une planification démocratique et la diffusion de la révolution. Mais cela aurait signifié la fin du pouvoir des staliniens. Ainsi, ils ont mené le « bloc socialiste » à la stagnation et au déclin. Cela a suggéré aux bureaucraties au pouvoir de tenter des « réformes économiques » qui inévitablement ont conduit à renforcer les forces du marché et à désintégrer l’économie planifiée.

Alors qu’en Union Soviétique cela a conduit à une paralysie rampante au sein de la bureaucratie, en Chine, Deng Xiaoping créa la base sociale de réformes pro-capitalistes en rétablissant l’agriculture privée et en créant des enclaves capitalistes dans les provinces côtières. En 1989, les tensions générées dans la société firent surgir le « mouvement pour la démocratie » qui fut finalement écrasé sous les blindés de l’armée sur la Place Tien An Men.

En URSS, des réformes de marché furent introduites pour stimuler la production ainsi que des réformes politiques modérées dans le but de regagner la légitimité populaire. Mais c’était trop tard pour sauver le pouvoir du Parti. Sous Gorbatchev, la bureaucratie soviétique comprit qu’elle ne pouvait pas risquer une répression du type de Tien An Men et retira son soutien aux régimes de l’Europe de l’Est, signant leur arrêt de mort.

Des soulèvements populaires de masse contre la dictature bureaucratique firent chuter le stalinisme dans toute l’Europe de l’Est en 1989. Les dirigeants de l’URSS, terrifiés, étaient divisés, préparant la voie de la mise à l’écart de Gorbatchev en 1991, à la dissolution du Parti Communiste de l’Union Soviétique et au rétablissement d’un Etat capitaliste.

En Chine, le Parti Communiste prit la résolution d’éviter ce destin ; ils décidèrent de restaurer le capitalisme eux-mêmes. Récemment admise à l’OMC, de nouveau ouverte aux multinationales, la Chine est aujourd’hui ravagée par des licenciements de masse, des fermetures d’usine et des luttes âpres des travailleurs et des paysans. Du « Communisme », rien n’est resté si ce n’est les symboles moqueurs de la dictature du parti unique.

La célèbre prévision de Léon Trotsky, selon laquelle ou bien la bureaucratie aurait été renversée par la classe ouvrière ou bien elle aurait entraîné l’URSS en arrière vers le capitalisme, s’est révélée juste, avec des conséquences tragiques pour les travailleurs dans l’Europe de l’Est, la Russie, l’Asie centrale et du Sud Est et la Chine. Le stalinisme a rempli sa mission historique.

A l’extérieur des ex-Etats ouvriers, les partis communistes ont achevé leur transformation en partis sociaux-démocrates. Leur force et importance sont totalement dépendantes des circonstances nationales et du succès des partis réformistes rivaux.

Le Parti Communiste d’Inde (Marxiste) est le plus grand et le plus important parti du vaste et puissant mouvement ouvrier indien. Mais le PCI(M) a depuis longtemps fait la paix avec la bourgeoisie, gouvernant le Bengale de l’Ouest pour le compte des capitalistes. Il ne prend même pas soin de cacher sa politique néolibérale sous un langage marxiste.

En Italie, le Parti de la Refondation Communiste a organisé des puissantes forces ouvrières contre la politique néolibérale des capitalistes et des institutions de la mondialisation. Toutefois, il a été incapable de rompre avec l’électoralisme foncièrement réformiste de gauche du vieux Parti Communiste Italien. Il vacille, en formant des coalitions gouvernementales de collaboration de classe avec des partis bourgeois et en les quittant quand la pression de sa base militante et de son électorat devient trop forte. Ses dirigeants font « partie du problème » mais sa base fait potentiellement « partie de la solution ».

Les révolutionnaires demandent que les dirigeants de ces partis rompent avec la bourgeoisie et prennent la voie de la lutte de classe, tout en cherchant à organiser leurs soutiens dans la classe ouvrière et la jeunesse indépendamment de leurs dirigeants, autour d’un programme de lutte révolutionnaire.

En Russie, le Parti Communiste a réussi à concentrer en son sein toute la putréfaction du stalinisme. Séparé de tout mouvement de travailleurs luttant pour la liberté et le socialisme, le Parti Communiste de la Fédération Russe soutient le marché, s’oppose à la renationalisation de l’industrie et déclare le besoin d’unifier « la tradition Rouge de sensibilité sociale avec la tradition Blanche de nationalisme, d’Etat fort, d’impérialisme et de spiritualité. »

Le parti est tristement célèbre pour sa démagogie antisémite. Dans la deuxième guerre tchétchène, il condamne toute proposition de paix comme une reddition au « terrorisme tchétchène » et soutient des mesures racistes contre les Caucasiens dans les plus importantes villes russes. Beaucoup de directeurs d’usine appartiennent au parti : la plupart se sont transformés en « capitalistes mafieux » et ont pillé voir se sont emparés de leur propre usine.

Aujourd’hui, seuls Cuba et la Corée du Nord restent des Etats ouvriers dégénérés sous la direction de partis staliniens. Malgré les différences frappantes entre ces deux pays (le régime de Castro montre beaucoup de caractéristiques de son origine populiste dans la révolution anti-impérialiste de 1959, la « dynastie » de Kim est à la tête d’une dictature ultra-stalinienne totalitariste imposée par Staline et Mao Zedong) il n’y a de démocratie ouvrière dans aucun des deux.

Néanmoins, leurs castes bureaucratiques au pouvoir repoussent pour l’instant le capitalisme au delà de leurs frontières et résistent à la pression des Etats-Unis pour la restauration du marché « libre ». Les révolutionnaires doivent faire preuve de solidarité active avec ces Etats contre la restauration capitaliste, la contrerévolution et l’agression impérialiste économique et militaire.

Ici aussi, toutefois, le temps est compté pour la bureaucratie parasitaire. Soit les travailleurs renverseront cette caste et établiront le pouvoir de conseils ouvriers démocratiques, soit cette bureaucratie les mènera dans les mains de l’impérialisme. Il faut lutter contre toute limitation aux droits démocratiques des travailleurs et des masses populaires et il faut défendre les droits des femmes, des gays et lesbiennes. Il faut dénoncer tout accord secret avec les impérialistes et leurs entreprises, il faut stigmatiser les échecs de la planification bureaucratique. Ce n’est qu’avec ces mesures que nous pouvons empêcher que ces Etats rejoignent le camp des restaurationnistes.

La défaite du stalinisme et de son influence qui perdure sur la classe ouvrière reste une nécessité brûlante. Encore une fois, le socialisme doit devenir non synonyme de l’impasse du bureaucratisme mais synonyme du pouvoir des conseils ouvriers, de la planification démocratique, de l’internationalisme et de l’émancipation humaine.